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Alain de Benoist : "L’impopularité de Macron ne peut que croître"

"Et le réservoir protestataire devenir explosif"

Nicolas Gauthier : Il est évidemment un peu tôt pour juger l’action d’Emmanuel Macron. Il semble pourtant déployer un peu plus d’habileté politique que ses deux prédécesseurs. Mais est-ce vraiment un exploit ?

Alain de Benoist : J’avais inventé, il y a quelques années, l’expression de « pensée unique », qui est aujourd’hui reprise partout. Ayant écrit, dès 1977, qu’il fallait penser simultanément ce qu’on avait pensé jusque-là contradictoirement, ce n’est pas moi qui pourrais être choqué par le « en même temps » cher à Macron. Mais encore faut-il savoir ce que recouvre cette expression.

Au lendemain de primaires qui se sont révélées désastreuses à droite comme à gauche, mais qui ont très bien fonctionné comme révélateur de la crise des partis, Macron a été le seul à faire primer la logique électorale sur la logique « identitaire » parce qu’il était le seul à n’être sûr ni de perdre (comme Hamon) ni de gagner (comme Fillon). C’est ce qui lui a permis de l’emporter avec, au premier tour, moins d’un quart des suffrages exprimés. Dans une démocratie devenue liquide, sinon gazeuse, il a su instrumentaliser à son profit l’épuisement du clivage droite-gauche et l’aspiration au « dégagisme » d’un électorat qui ne supportait plus la vieille classe politique. Il a également compris que l’alternance des deux grands partis ne mettait plus en scène que des différences cosmétiques, et que l’heure était venue de les réunir en un seul.

Macron est avant tout un contre-populiste. Il reprend à son compte le nouveau clivage « conservateurs » contre « progressistes », mais c’est pour choisir la seconde branche de l’alternative : réunir les partisans de l’« ouverture » (en clair : les bourgeoisies libérales de tous bords) contre les tenants de la « fermeture » (en clair : ceux qui s’opposent, instinctivement ou intellectuellement, à l’idéologie dominante).

Contrairement à l’hyper-Président Sarkozy et à l’hypo-Président François Hollande, Macron est un homme difficile à cerner. Il a un ego hypertrophié et un tempérament autoritaire, un mental d’adolescent cynique qui rêverait d’un bonapartisme moderniste et libéral. Mais il n’est pas Napoléon, et l’on ignore comment il se comporterait en situation d’urgence. Pour l’instant, il communique plus qu’il ne règne. Il fait des déclarations contradictoires (certaines ne sont pas mauvaises) dans l’espoir de séduire chacun, mais en prenant le risque de décevoir tout le monde. Il ne supporte pas qu’on lui résiste, il n’aime pas les corps intermédiaires, il est insensible aux aspirations populaires, il n’a rien à dire à la France qui va mal. Tout cela n’est pas de bon augure.

 

Pour quelles raisons, exactement ?

Parce que nous assistons à une autre révolution, sociologique celle-là : c’est la disparition progressive de ces classes moyennes qui n’avaient cessé de grossir à l’époque du compromis fordiste, quand la richesse accumulée en haut de la pyramide sociale finissait par redescendre vers le bas. Aujourd’hui, la pyramide a été remplacée par un sablier : les riches sont toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres, et les classes moyennes sont en voie de déclassement et de paupérisation. C’est ce qu’observe depuis longtemps Christophe Guilluy : « Le grand sujet caché depuis trente ans, c’est la disparition de la classe moyenne au sens large […] Ce qui explose, c’est la classe moyenne occidentale qui n’est plus intégrée au modèle économique mondialisé […] La loi Travail n’est que la suite d’une longue succession de mesures qui ne visent qu’à dépouiller une classe moyenne qui ne sert plus à rien. »

La nouvelle structuration de l’électorat est le reflet de cette dynamique économique et sociale. Le vote Macron en est l’illustration parfaite : il a obtenu ses meilleurs résultats dans les grandes villes mondialisées, à commencer par Paris, où il a aussi bien gagné les suffrages des bobos et des libéraux de gauche que de la bourgeoisie de droite (y compris celle de la Manif pour tous). De même, les électeurs parisiens de Mélenchon se sont en quasi-totalité rabattus sur Macron au second tour, alors qu’ailleurs beaucoup ont préféré s’abstenir (39 %) ou, plus rarement, voter pour Marine Le Pen (14 %). Les retraités, eux aussi, ont massivement voté pour lui – avant de découvrir qu’ils étaient les grands perdants de sa nouvelle politique fiscale…

Après les ouvriers, les employés et les commerçants, les professions intermédiaires et bientôt les retraités : les classes moyennes sont appelées à rejoindre les classes populaires face à un « monde d’en haut » qui se trouve de plus en plus dans une position de domination de classe, car il a définitivement renoncé à prendre en charge « ceux d’en bas ». C’est aussi pourquoi l’impopularité de Macron ne peut que croître, et le réservoir protestataire devenir explosif. D’autant qu’en période d’insécurité et d’attentats, tout le monde se radicalise.

 

L’avenir de La France insoumise ?

Avec 19,6 % des voix au premier tour, Jean-Luc Mélenchon a réalisé le meilleur score d’un candidat « de gauche » à la présidentielle depuis Georges Marchais en 1981. Par rapport au FN, La France insoumise est beaucoup plus interclassiste et moins populaire. Elle touche bien moins d’ouvriers et d’employés que le Front national (25 et 24 % des voix contre 39 et 30 %), mais beaucoup plus de diplômés des couches moyennes et supérieures (26 % contre 17 %). Elle est aujourd’hui passée en tête chez les jeunes, et réalise des scores deux fois supérieurs à sa moyenne nationale dans la population d’origine immigrée.

La France insoumise a certainement de l’avenir. Pour l’heure, elle tire un grand bénéfice d’être une force nouvelle. Elle a vampirisé le PS et traite par le mépris les derniers restes du PC. Elle profite de la crise du FN pour se poser comme la seule force d’opposition au macronisme. La grande question, à moyen terme, est de savoir si elle pourra à elle seule occuper l’espace ouvert à gauche par la formation du bloc macronien. Difficile d’en dire plus pour l’instant.

Comprendre l’ère Macron avec Kontre Kulture :

Alain de Benoist, sur E&R :

 






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23 Commentaires

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  • #1816144

    Citation de l’auteur : "Mais il n’est pas Napoléon, et l’on ignore comment il se comporterait en situation d’urgence. "

    Là, je suis scié ! Pourquoi la France n’est pas actuellement, en état d’urgence ? Ou alors s’est-on déjà tant habitué à cet état d’urgence, qu’on finit par l’oublier ? Par... vivre avec, comme le préconisait un fort nerveux, bien calmé depuis.

    Je pense au contraire, que nous avons un échantillon parlant, du laxisme et du peu de volonté de Macron, de lutter contre le terrorisme. Et qui ressemble on ne peut mieux, au jenfoutisme du précédent nullard.

     

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    • #1816218

      La situation d’urgence, Micron ne l’a en effet pas connue : l’état d’urgence, c’est pour le peuple, pas pour ceux d’en haut. Pour eux, tout se déroule selon le plan...

       
    • #1816301

      De quelle « urgence » on parle, là, exactement ?

      Je vis en France pourtant, le sol français, avec la nationalité française et dans mon quotidien il n’y a pas plus « d’urgence » - quelle qu’elle soit - qu’il n’y en avait voilà dix ans ou vingt ans : aucune.

      Donc soit je ne la voit pas malgré mes 10/10 à chaque oeil, soit c’est juste un reflet psychologique dans l’esprit des plus angoissés.

       
  • #1816148
    Le 9 octobre à 20:59 par Emilien Chaussure
    Alain de Benoist : "L’impopularité de Macron ne peut que croître"

    Macron c’est "droite du capital et gauche sociétale" : l’exacte antithèse du génial "gauche du travail, droite des valeurs".
    Macron c’est l’incarnation de toutes les forces de la subversion moderne.
    Paradoxalement, son triomphe illusoire est peut-être l’annonce que notre heure est proche.
    Vincit omnia veritas.

     

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  • #1816227

    pipeau, tant qu’on ne pose pas la question de la sionisation du champ politique et social (fausse gauche vrai pouvoirmedicatico bancaire et macron marionnette).

     

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    • #1816452

      Exactement ! De toutes façons , des marionnettes , cela fait des décennies qu’ils se succèdent , " ils" vont donc en ressortir un de plus , dès que le besoin se fera sentir ! Et le peuple lobotomisé par les médias , et tous les kapos de leur republique , croira en votant à nouveau , changer la donne ! ... un système basé sur le mensonge et le culte des inversions peut encore perdurer un bon moment .

       
  • #1816266
    Le 9 octobre à 23:26 par Seconde classe
    Alain de Benoist : "L’impopularité de Macron ne peut que croître"

    Il n’y aura aucune explosion sociale. Quelques défilés des braves, pour l’honneur, avant que Martinez n’aille de nouveau se faire repeigner la moustache à l’Élysée.
    Quand on voit que l’Espagne n’a à aucun moment vacillé, même avec 20% officiel de taux de chômage au plus fort de la crise post-2008, on peut se dire que les Macronistes ont le cul au chaud.
    Ceci dit je repense souvent aux retraités et fonctionnaires de mon entourage qui ont voté Macron sur des critères on ne peut plus superficiels, et me l’ont accessoirement imposé, ainsi qu’au reste du pays. Bref. Je ne préfère pas développer.

    Mélenchon est ornemental car il n’a pas de vraie consistance souverainiste et doit satisfaire la partie de sa base qui est gauchosociétale-antifasciste-noborder ; mais, surtout, il est extrêmement seul : FI s’effondrerait si JLM disparaissait subitement, car elle n’a aucun autre "gros bras" politique ou idéologique. Alexis Corbier est le bras droit de JLM et 5 mn suffisent à le jauger : ça tend vers le zéro.

    Et d’ailleurs il n’a qu’une part assez réduite des voix du peuple par rapport au FN (et là, merci à A. De Benoist pour ses chiffres)... Pas de gros mouvements vraiment perturbants à craindre, à mon humble avis.

    Pour conclure : la base de Marcon est minime, mais comme il a les médias pour lui (qui font désormais mine de le critiquer - oh, très gentiment - maintenant que la seule passe que l’on attendait de la presstituée a été accomplie), il peut dormir tranquille.
    Il est son seul ennemi, en fait.

     

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  • #1816367

    On dirait que désormais il est indispensable pour être président de se moquer comme une guigne des tourments du bon peuple. De ce point de vue le sieur Micron semble être un champion toutes catégories. Evolution sociologique consternante de la population de ce beau pays qui s’accompagne d’une révolution psychologique collective qui ne l’est pas moins.

     

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  • #1816373

    De monsieur Jourdain à Macron,

    La bourgeoisie a fait son cycle .La boucle est bouclée .
    Entre-temps ,nous aurons eu Robespierre et Trotski,
    pour que l’Oligarchie anonyme,s’accapare tous les pouvoirs
    au nom du peuple qu’elle a soumis après l’avoir terrorisé
    en 1793 et 1917 .
    Macron croit que le peuple n’est "rien" .
    Macron est un valet de l’Oligarchie ,parmi tant d’autres.
    Ne nous attardons pas sur ce personnage d’opérette ;
    Travaillons à retrouver notre Dignité et notre Liberté
    C’est un combat d’une tout autre dimension.

     

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  • #1816383

    J attend toujours à la une du monde « Brigitte : détournement de mineur » mais c est qu un rêve.

     

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  • #1816450

    moi , ce qui me sidere ,c’est la similitude de gestuelle et de parole de macron avec Sarkozy, ç’est le genre de truc qu’ont leur apprend dans la sphere des hautes écoles americaine, c’est un pantin, parmi tant d’autres, qui je le crois ne finira pas son mandat.

     

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    • #1816794

      L’école des ANE (acronyme d’ENA) s’initie à la singerie tout le long du parcours. Ils miment, ils retiennent par coeur des pans entiers de matière : mais qu’est-ce qu’il en ressort le Kwassa-Kwassa, l’ïle de Guyane, l’ïle de la Réunion dans le Pacifique ; pire que des ânes, ceux sont des cancres qui veulent être des sachants dont le verbe SAVOIR leurs échappe. Ces sachants veulent avoir l’ascendant sur les sans-dents or les sans-dents se trouvant être bien meilleurs sachants que ceux qui voudraient l’être mais qui le sont pas, ceux venant particulièrement de l’école des ANE. Ces ignares, cette fabrique de traîtres à la FRANCE. Regardez-les défiler depuis VGE jusqu’à Macreux, ces misérables vermines, ces Phylloxéras qui nous dirigent, ils n’ont pas la France au cœur mais la France au pied : gredins, judas, voyous, mauviettes, lâches, sans-couille... aucun vocabulaire ne sera assez fort pour les qualifier.

       
  • #1816460
    Le 10 octobre à 11:31 par Francois Desvignes
    Alain de Benoist : "L’impopularité de Macron ne peut que croître"

    Le débat sur les hommes rabat le débat.

    La dissolution de la classe moyenne n’est pas le fait du capital mais de l’obsolescence technologique : la mécanisation a tué la classe agricole, la motorisation la classe ouvrière, la numérisation la classe moyenne.

    Un jour, il faudra une personne pour faire tourner une usine de sauce ketchup, laquelle usine suffira à fournir la demande mondiale.

    L’organisation parlementaire et élective du pouvoir (la République) correspond à la société industrielle motorisée : plus à la société numérisée.

    La république va aller à la poubelle, avec son parlementarisme, sa démocratie représentative et ses pseudo droits de l’Homme et c’est cette mise à la poubelle que traduisent les taux d’abstentions.

    La "République" lato sensu", république française, monarchie britannique, reich industriel allemand, se défend : elle met plus de parlementarisme, de démocratie représentative partout, de multiculturalisme et de lois sociétales pseudo droits de l’hommiste dans tous les villages.

    L’alcoolique soigne son alcoolisme à l’alcool : la république aggrave ses tares au lieu de les résorber. Elle le fait à la manière des agonisants, de manière totalitaire.

    Nous sommes en train de gagner :

    1/ La classe moyenne issue de la classe ouvrière issue elle même de la classe paysanne va terminer sa mue au rythme de la révolution numérique.

    2/ La nouvelle classe va se doter de ses nouveaux outils de pouvoir et de gouvernance , institutions, personnels, moyens : nous allons passer de la démocratie représentative à la démocratie directe : partout. Nous voterons nos lois ; nous jugerons nos concitoyens ; nous nous auto administrerons (Législatif, Judiciaire, Executif).

    3/ Le paysan/seigneur avait l’identité villageoise, l’ouvrier/bourgeois l’identité nationale, le civilisé de demain aura l’identité continentale. Concernant l’Europe celle du Saint Empire Franc Romain Germanique.

    Un truc que la république ne peut pas voir venir : exclusivement catholique romain, libre, blanc.

    Une Europe anti républicaine.

    Son contraire en tout.

     

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  • #1816506
    Le 10 octobre à 12:45 par aymard de Chartres
    Alain de Benoist : "L’impopularité de Macron ne peut que croître"

    Alain de Benoist est actuellement l’un des rares intellectuels français vivants qui brille de sa lumière dans le firmament des grands penseurs, tous siècles confondus.

    L’analyse qu’il tire de l’élection de Macron au pouvoir présidentiel et de sa personnalité tyrannique est tout à fait pertinente. Il suffit de se référer respectivement aux études statistiques de l’élection présidentielle pour comprendre les mouvements dynamiques sociologiques du vote jouant en faveur de Macron et aux déclarations de ce dernier pour comprendre comment il tient l’autre France, très éloigné de la caste des seigneurs à laquelle il appartient, en lui témoignant le mépris de classe de la manière la plus sinistre qui soit.

    Pour ma part, je crois que Macron sait que l’exercice de son mandat n’excèdera pas cinq ans et qu’il a été choisi par ses maîtres et pairs pour appliquer la feuille de route de l’UE et agir de telle sorte que tout retour arrière soit tapissé d’embuches, en devient sinueux et compliqué, sinon périlleux, voire impossible.

    La France Insoumise animée par Jean-Luc Mélenchon est la formation politique montante qui gagne du terrain sur toutes les autres, du moins ce qu’il en reste, et qui semble constituer à l’heure actuelle la solution du moindre mal.

    Le FN est en voie d’éclatement. Son aile la plus droitière soumise au capitalisme libéral, à Israël et au sionisme (animée par des patriotes de pacotille qui ont bénéficié de l’appui et du soutien de Marine le Pen) entend constituer une nouvelle formation politique dotée d’un nouveau nom qui renaîtra des cendres du FN de Jean-Marie le Pen, volatilisé à jamais dans le creux de l’oubli.

    Cette formation politique s’alliera le jour venu aux autres formations libérales de droite comme de gauche en vue de constituer un barrage qui arrêtera l’ouragan France insoumise aux portes du pouvoir.

     

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